Partie espagnole

45. Steinitz moderne : punir la gaffe 6...Nxe4?

L'un des pièges les plus célèbres de la Steinitz : si les Noirs jouent 5.c3 Nf6 6.d4 Nxe4?, les Blancs répondent 7.d5! b5 8.Bc2! en attaquant à la fois les deux cavaliers noirs et en gagnant une pièce nette.

1.e4 e5 2.Nf3 Nc6 3.Bb5 a6 4.Ba4 d6 5.c3 Nf6 6.d4 Nxe4 7.d5 b5 8.Bc2

Coup par coup

  1. 1.e4 – Les Blancs occupent le centre et ouvrent les diagonales pour la dame et le fou f1. Dans l'Espagnole, ce pion sera souvent au cœur de la lutte : les Noirs l'attaqueront par ...Nf6 et, dans la Variante Ouverte, iront jusqu'à le prendre par ...Nxe4.
  2. 1...e5 – Les Noirs répondent symétriquement : ils contestent d4 et f4, empêchent e4-e5 et libèrent le fou f8. À partir de là, les Blancs bâtiront toute l'Espagnole sur la pression contre ce pion.
  3. 2.Nf3 – Développe le cavalier en attaquant directement le pion e5, qui doit maintenant être défendu. Le cavalier prépare aussi le petit roque et soutient une future poussée d2-d4.
  4. 2...Nc6 – Défend e5 en développant une pièce et en contrôlant d4. Ce cavalier, seul défenseur de e5, sera justement la cible du prochain coup des Blancs.
  5. 3.Bb5 – La Partie espagnole : le fou attaque le cavalier c6, défenseur de e5. Il n'y a pas encore de menace immédiate (Bxc6 dxc6 Nxe5 Qd4 regagne le pion), mais la pression sur c6 durera toute l'ouverture.
  6. 3...a6 – Le coup de Morphy : il demande tout de suite au fou de se décider. Après 4.Ba4, les Noirs pourront rompre la clouure par ...b5 quand ils le voudront ; après 4.Bxc6, ils obtiennent la paire de fous.
  7. 4.Ba4 – Le fou se retire mais garde la pression sur c6 : la menace Bxc6 suivie de Nxe5 redeviendra d'actualité quand les Blancs auront roqué. Les Noirs peuvent rompre la diagonale par ...b5 quand ils le veulent.
  8. 4...d6 – La Steinitz moderne : avec ...a6 déjà inséré, les Noirs peuvent rompre la clouure par ...b5 quand ils le veulent. Le pion d6 soutient e5.
  9. 5.c3 – Prépare d4 et donne au fou la retraite en c2.
  10. 5...Nf6 – Développe le cavalier et attaque e4. Le cavalier c6 est toutefois encore cloué par le fou a4.
  11. 6.d4 – Les Blancs occupent le centre et laissent e4 apparemment sans défense.
  12. 6...Nxe4 – Erreur : les Noirs prennent e4, mais le cavalier c6 est cloué et la poussée d5 l'attaque.
  13. 7.d5 – Le pion attaque le cavalier c6 cloué, qui ne peut pas bouger.
  14. 7...b5 – Les Noirs rompent la clouure en attaquant le fou a4, de sorte que le cavalier c6 puisse bouger.
  15. 8.Bc2 – Le fou se sauve et attaque le cavalier e4 : maintenant les deux cavaliers noirs sont en prise et les Noirs en perdent un.

Comment exploiter la position

Deux cavaliers noirs sont attaqués, l'un par d5 et l'autre par Bc2 : les Blancs gagnent une pièce. Le piège fonctionne parce qu'après 5...Nf6, le cavalier c6 est encore cloué ; avec les Noirs, on l'évite en jouant d'abord ...Bd7 ou ...b5.

Conseils du maître

Le thème des deux cavaliers attaqués

Après 7.d5!, le cavalier c6 doit bouger, mais si les Noirs jouent 7...b5 pour contre-attaquer le fou a4, le coup salvateur 8.Bc2! attaque le cavalier e4!